SeaOrbiter et les enjeux climatiques
SeaOrbiter une approche scientifique des océans et du climat
Et de ce côté-là, le sommet de Copenhague a été un vrai succès, la Journée des Océans organisée par le Forum Global pour les Océans et les Côtes (PNUE) sous l’égide du Prince Albert II de Monaco ayant clairement mis en exergue les enjeux océaniques du réchauffement climatique.
Car malgré leur importance dans la régulation du climat, les océans restent extrêmement mal connus dans ce registre. Par exemple, les scientifiques n’ont découvert que récemment les problèmes d’acidification des océans, qui modifient directement la composition chimique de ces énormes masses d’eau et menacent l’équilibre de nombreux écosystèmes marins.
Le phénomène reste encore mal connu, mais des zones marines deviennent tellement acides que la croissance des organismes à squelette calcaire (coraux, mollusques comme les huitres, les moules, algues...) est gravement menacée, ce qui aurait à terme un impact direct sur la production d’oxygène terrestre par le phytoplancton marin. Les impacts de l’acidification des océans pourraient donc être aussi graves que ceux du réchauffement climatique. Mais les observations manquent.
Financé par l'UE, le projet EPOCA (European Project on Ocean Acidification) a démarré en juin 2008 et ses résultats doivent servir à l’Europe de références et d’ancrage durant les négociations post-Kyoto.
Or, une fois encore, le climat de la Terre résulte d’interactions complexes essentiellement entre l’atmosphère et les océans. Il convient donc de multiplier les possibilités de mesures et d’observations et d’aider à financer les outils permettant d’embarquer ces types de programmes.
Cofinancé par la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO, le réseau international d'observation de l'océan Argo et son réseau de 3000 flotteurs autonomes a fourni de nouveaux aperçus concernant l'interaction entre l'océan et l'atmosphère et permis de réaliser d'énormes progrès dans la représentation des océans grâce à des modèles associant océan et atmosphère
Projet pilote des systèmes mondiaux d'observation des océans et du climat, Argo s’intègre aux processus d’une nouvelle océanographie opérationnelle dont SeaOrbiter pourrait être, demain, l’un des maillons complémentaires essentiels.
En effet, cette océanographie liée aux enjeux climatiques cherche à mettre en place un réseau d'observations et de mesures permanentes et pérennes qui permette d'avoir un instantané de la situation des masses d'eau et des courants, en support des programmes de recherche sur la compréhension de la circulation océanique et en complément des données acquises par les satellites.
Mais l’océanographie opérationnelle va aujourd’hui au-delà des aspects purement climatologiques, la prévision océanique intéressant une grande variété de secteurs applicatifs comme l’exploitation et la gestion des ressources halieutiques et pétrolières, l’aquaculture, la surveillance des flottes de pêche et de la marine marchande, le tourisme…
SeaOrbiter pourrait donc tout à fait accueillir à son bord non seulement des programmes de mesures et de calibration propres aux sondes dérivantes, aux bouées fixes ou aux sondes XBT, mais aussi servir de relais in situ pour une analyse en temps réel de ces autres champs d’application.
Car l’intérêt de SeaOrbiter est bien de pouvoir multiplier les sources de mesures et d’accélérer le processus de transmission en temps réel afin de pouvoir incorporer rapidement les données recueillies dans les modèles de prédiction. C’est là que se fait le lien essentiel avec l’outil satellitaire et le réseau d’autre part mis en place par les agences spatiales internationales dont l’ESA, membre du Comité sur les satellites d’observation de la Terre, et les agences scientifiques spatiales comme le CNES.
Ce dernier, poursuivant sa longue tradition d’océanographie satellitaire, s’est de son côté engagé dans la poursuite de ses programmes opérationnels avec la mise en œuvre du projet de satellite Jason-3, successeur de Topex-Poseidon, Jason-1 et Jason-2 dont les succès ont largement dépassé nos frontières. Le CNES est d’ailleurs associé dans cette aventure à Eumetsat et la Noaa américaine qui est par ailleurs très intéressée par les possibilités d’observation de l’océan offertes par SeaOrbiter.
L’observation de la Terre a aussi été au cœur de l’actualité de l’ESA ces dernières années avec le lancement du premier satellite Metop, l’un des plus puissants satellites de météorologie et de climatologie, et d’autre part la mise en orbite en 2008 de deux satellites conçus pour améliorer notre compréhension des mécanismes qui régissent notre planète : GOCE (Gravity field and steady-steady Ocean Circulation Explorer) notamment capable de mesurer la circulation des masses d’eau océaniques, véritable régulateur du climat planétaire, et SMOS (Soil Moisture and Ocean Salinity), mis au point pour décrypter le cycle de l’eau en relevant la première carte globale de l’humidité des sols et de la salinité des eaux de mer en surface.
L’ESA a d’autre part passé commande à l’industrie du premier satellite « Sentinel » destiné à prendre la relève des instruments d’Envisat à partir de 2011. Entre « Sentinel » de l’espace et « Sentinelles des Océans » les passerelles d’études et de mesures du milieu marin sont donc aujourd’hui au cœur d’une démarche globale pour la compréhension des mécanismes qui conditionnent, pour une bonne part, le futur de l’humanité.
Et c’est bien dans cette même démarche globale que s’inscrivent les différentes missions des SeaOrbiter.



